Festival de la Tomate - Festival de la Tomate
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TOMATES SURPRISES

L’ail est au long de l’escalier, et le piment près du rosier qu’on taille bas pour qu’il résiste au vent. L’aubergine et la tomate voisinent traditionnellement…
Colette


Décidément j’ai pris mes habitudes à Clapiers pour cette belle fête de la tomate sous les arbres du parc (Eh ! oui ! je n’avais pas prévu qu’il pleuvrait…). Il y a deux ans j’étais arrivé avec Delteil et ses « tomates mûres » dans mes bagages ; l’an dernier j’avais voyagé dans l’univers des chansons (Rappelez-vous : « Il faut se les farcir ! » disait René-Louis Laforgue) ; cette année me voilà sous l’égide de Colette et de sa Treille muscate au jardin mirifique…

En vérité cette année, j’ai prévu de jouer avec le mot même de tomate et de voir ce que l’on peut en tirer : le jus comme jeu, quoi !
Par exemple, parcourant les dictionnaires, j’ai découvert qu’il n’était pas besoin d’apprendre par cœur « Le temple du soleil » pour parler aztèque : le mot tomate y suffit. De même je me suis assez vite rendu compte qu’à l’exception d’un apéritif anisé (et grenadinisé) il n’y avait guère de confusion possible… Alors évidente la pommodore italienne ? la pomme d’amour du 17ème siècle européen ?

Curieusement je n’ai rien trouvé du côté des proverbes, des sentences et autres maximes. A peine cette comparaison presque tautologique : « Rouge comme une tomate ».
… Rouge comme une tomate ? Voyons, voyons… Mais bien sûr, on dit aussi « jaune comme un citron » ou « vert comme une pomme » et même « bleu… comme une orange » comme disait Paul Eluard… Et voilà donc la poésie qui se profile : « rose comme… », « violet comme… »… Essayez donc !

Si l’Oulipo vous interpelle, vous pouvez aussi vous essayer à quelques exercices bien connus. La méthode LSD (dans laquelle il ne faut voir aucune autre allusion qu’à la littérature semi-définitionnelle) vous donnera en remplaçant chaque mot de la comparaison par sa définition : « De la couleur du sang ou du coquelicot comme les fruits de la plante dicotylédone , herbacée, annuelle, de la famille des solanacées, velue et à feuilles alternes charnues. »

La méthode du S+… ne vous décevra pas davantage. S+5 donnera « Rouillé comme un tombereau » et S-4 « Roublard comme un tam tam ».

La méthode chère à Boris Vian où l’on inverse simplement les voyelles d’un mot vous conduira pour le seul substantif de « tomate » à des résultats plus intimes que je vous laisse le soin de découvrir (si j’ose dire).

Amusant n’est-ce pas, pour qui le monde des images est une source infinie de merveilles.

J’ai voulu pourtant en savoir davantage et je me suis référé au grand dictionnaire des symboles. J’y ai appris (en ce temps où l’on sait que toute nouvelle connaissance est un pas vers l’infini) que la tomate est très importante dans le système symbolique des Bambaras (tribu mandingue du Mali…). Son jus est en effet assimilé au sang et c’est avec ce jus que, lors de la grande réorganisation du monde, Faro, le grand Démiurge, maître des eaux et du verbe, féconda les femmes… Vertu fécondante que l’on retrouve confirmée par plusieurs pratiques rituelles des Bambaras, telle pour un couple le partage d’une tomate avant de s’accoupler…

Ah ! si l’on devait s’accoupler chaque fois que l’on partage une tomate !

Incontestablement les tomates ont du jus…

A ce propos savez-vous comment on arrose les tomates ? Avec un (e)automate bien sûr… Comment on appelle un voyeur qui agit au petit matin ? Un malade qui tôt mate… Comment les joueurs d’échec de Balaruc, de Mèze ou de Sète qualifient leurs victoires ? Evidemment ce sont des Thau mat… Quant à l’éditeur pressé ? Il tome hâte… Ce qui est aussi le cas parfois du producteur de fromage…

Plus sérieusement j’ai expérimenté le principe du « portrait chinois » et je me suis ainsi découvert : « Si j’étais une tomate, je serais ce grand incendie de la table descendu d’un tableau impressionniste jusque dans nos assiettes… Je serais ce champ de coquelicots devenus comestibles… Je serais un énorme nez de clown… et même les joues rebondies d’un personnage d’Arcimboldo… Je serais… » Essayez donc vous-mêmes.

Dans le monde des tautogrammes, où tous les mots commencent par la même lettre, je pourrais décrire une « Tranche de tomate (qui) tintinnabule comme un tambour, tourne, tourne comme une toupie. Sans tétine ni tambouille, elle triomphe. Sa truculence vaut celle d’un tigre sur un tatami ; elle est même triple et il est temps qu’on lui tresse les tripes. »

Du côté des lipogrammes, où on n’utilisera que des mots comprenant les voyelles a, e, o (mais oui ! comme les tomates !) on pourra constater que « Tâter de la tomate, la téter, à table, à l’opéra, côté sombre, totalement en vrac et non pas pêle-mêle dans les vergers, c’est valable ! »

… Il vous reste encore à imaginer les mondes fabuleux qui se cachent dans les cerisettes, les cœurs de bœuf , les marmandes de Montpellier et peut-être d’ailleurs, les noires de Crimée, les andines, les colibris, les mom’s, les Buffalo, les pêches rouges ou les Virginia Sweets… Des mondes fabuleux je vous dis !

Mais pour terminer laissez-moi revenir au monde merveilleux des citations. Par exemple celle-ci d’Alice May Brock, célèbre dans le monde de la cuisine anglo-saxonne : « Ajouter de la tomate et de l’origan, ça devient italien ; du vin et de l’estragon, ça devient français ; du citron et de la cannelle, ça devient grec ; de la sauce de soja, ça devient chinois ; ajouter de l’ail, ça devient bon ! »

Quant au célèbre internaute Frédéric Jézégou, il précise lui : « La connaissance c’est savoir qu’une tomate est un fruit. La sagesse c’est de ne pas la mettre dans une salade de fruits. »

Bon appétit et à l’année prochaine !

Jacques Paillès

TOMATES SURPRISES

 

L’ail est au long de l’escalier, et le piment près du rosier qu’on taille bas pour qu’il résiste au vent. L’aubergine et la tomate voisinent traditionnellement…

Colette

 

Décidément j’ai pris mes habitudes à Clapiers pour cette belle fête de la tomate sous les arbres du parc (Eh ! oui ! je n’avais pas prévu qu’il pleuvrait…). Il y a deux ans j’étais arrivé avec Delteil et ses « tomates mûres » dans mes bagages ; l’an dernier j’avais voyagé dans l’univers des chansons (Rappelez-vous : « Il faut se les farcir ! » disait René-Louis Laforgue) ; cette année me voilà sous l’égide de Colette et de sa Treille muscate au jardin mirifique…

En vérité cette année, j’ai prévu de jouer avec le mot même de tomate et de voir ce que l’on peut en tirer : le jus comme jeu, quoi !

Par exemple, parcourant les dictionnaires, j’ai découvert qu’il n’était pas besoin d’apprendre par cœur « Le temple du soleil » pour parler aztèque : le mot tomate y suffit. De même je me suis assez vite rendu compte qu’à l’exception d’un apéritif anisé (et grenadinisé) il n’y avait guère de confusion possible… Alors évidente la pommodore italienne ? la pomme d’amour du 17ème siècle européen ?

Curieusement je n’ai rien trouvé du côté des proverbes, des sentences et autres maximes. A peine cette comparaison presque tautologique : « Rouge comme une tomate ».

Rouge comme une tomate ? Voyons, voyons… Mais bien sûr, on dit aussi « jaune comme un citron » ou « vert comme une pomme » et même « bleu… comme une orange » comme disait Paul Eluard… Et voilà donc la poésie qui se profile : « rose comme… », « violet comme… »… Essayez donc !

Si l’Oulipo vous interpelle, vous pouvez aussi vous essayer à quelques exercices bien connus. La méthode LSD (dans laquelle il ne faut voir aucune autre allusion qu’à la littérature semi-définitionnelle) vous donnera en remplaçant chaque mot de la comparaison par sa définition : « De la couleur du sang ou du coquelicot comme les fruits de la plante dicotylédone , herbacée, annuelle, de la famille des solanacées, velue et à feuilles alternes charnues. »

La méthode du S+… ne vous décevra pas davantage. S+5 donnera « Rouillé comme un tombereau » et S-4 « Roublard comme un tam tam ».

La méthode chère à Boris Vian où l’on inverse simplement les voyelles d’un mot vous conduira pour le seul substantif de « tomate » à des résultats plus intimes que je vous laisse le soin de découvrir (si j’ose dire).

Amusant n’est-ce pas, pour qui le monde des images est une source infinie de merveilles.

J’ai voulu pourtant en savoir davantage et je me suis référé au grand dictionnaire des symboles. J’y ai appris (en ce temps où l’on sait que toute nouvelle connaissance est un pas vers l’infini) que la tomate est très importante dans le système symbolique des Bambaras (tribu mandingue du Mali…). Son jus est en effet assimilé au sang et c’est avec ce jus que, lors de la grande réorganisation du monde, Faro, le grand Démiurge, maître des eaux et du verbe, féconda les femmes… Vertu fécondante que l’on retrouve confirmée par plusieurs pratiques rituelles des Bambaras, telle pour un couple le partage d’une tomate avant de s’accoupler…

Ah ! si l’on devait s’accoupler chaque fois que l’on partage une tomate !

Incontestablement les tomates ont du jus…

A ce propos savez-vous comment on arrose les tomates ? Avec un (e)automate bien sûr… Comment on appelle un voyeur qui agit au petit matin ? Un malade qui tôt mate… Comment les joueurs d’échec de Balaruc, de Mèze ou de Sète qualifient leurs victoires ? Evidemment ce sont des Thau mat… Quant à l’éditeur pressé ? Il tome hâte… Ce qui est aussi le cas parfois du producteur de fromage…

Plus sérieusement j’ai expérimenté le principe du « portrait chinois » et je me suis ainsi découvert : « Si j’étais une tomate, je serais ce grand incendie de la table descendu d’un tableau impressionniste jusque dans nos assiettes… Je serais ce champ de coquelicots devenus comestibles… Je serais un énorme nez de clown… et même les joues rebondies d’un personnage d’Arcimboldo… Je serais… » Essayez donc vous-mêmes.

Dans le monde des tautogrammes, où tous les mots commencent par la même lettre, je pourrais décrire une « Tranche de tomate (qui) tintinnabule comme un tambour, tourne, tourne comme une toupie. Sans tétine ni tambouille, elle triomphe. Sa truculence vaut celle d’un tigre sur un tatami ; elle est même triple et il est temps qu’on lui tresse les tripes. »

Du côté des lipogrammes, où on n’utilisera que des mots comprenant les voyelles a, e, o (mais oui ! comme les tomates !) on pourra constater que « Tâter de la tomate, la téter, à table, à l’opéra, côté sombre, totalement en vrac et non pas pêle-mêle dans les vergers, c’est valable ! »

Il vous reste encore à imaginer les mondes fabuleux qui se cachent dans les cerisettes, les cœurs de bœuf , les marmandes de Montpellier et peut-être d’ailleurs, les noires de Crimée, les andines, les colibris, les mom’s, les Buffalo, les pêches rouges ou les Virginia Sweets… Des mondes fabuleux je vous dis !

Mais pour terminer laissez-moi revenir au monde merveilleux des citations. Par exemple celle-ci d’Alice May Brock, célèbre dans le monde de la cuisine anglo-saxonne : « Ajouter de la tomate et de l’origan, ça devient italien ; du vin et de l’estragon, ça devient français ; du citron et de la cannelle, ça devient grec ; de la sauce de soja, ça devient chinois ; ajouter de l’ail, ça devient bon ! »

Quant au célèbre internaute Frédéric Jézégou, il précise lui : « La connaissance c’est savoir qu’une tomate est un fruit. La sagesse c’est de ne pas la mettre dans une salade de fruits. »

Bon appétit et à l’année prochaine !